Espagne : la réussite du modèle basque

Les Echos.fr avait publié en avril 2006 un article sur la réussite du pays basque espagnol en termes de croissance économique. L’adoption d’une politique centrée sur le développement de pôles industriels spécialisés a en effet permis à l’Euskadi de devenir l’une des régions les plus compétitives et dynamiques d’Espagne (après la Catalogne et la région autonome de Madrid).

Voici quelques extraits de l’article:

[…]

L’annonce par l’ETA, le 22 mars (ndlr: 2006), d’un « cessez-le-feu permanent » a été accueillie avec soulagement et espoir au Pays basque espagnol, théâtre privilégié des actions violentes de l’organisation séparatiste, qui se sont soldées depuis près de quarante ans par la mort de 850 personnes. Si cette normalisation se confirme, elle représentera un atout supplémentaire pour le développement de l’Euskadi, coeur historique du « País vasco », qui comprend également la Navarre.

[…]

Le défi était de taille : longtemps poumon industriel de l’Espagne, à l’égal de la Catalogne, la région a connu, à partir du milieu des années 1980, une décennie de descente aux enfers. Victime de l’obsolescence de ses hauts fourneaux et de ses chantiers navals nés à la fin du XIXe siècle, elle a vu disparaître 150.000 emplois, sur fond de climat social quasi insurrectionnel. Le taux de chômage dépassait les 23 %, atteignant même 40 % dans les zones les plus touchées.

Fidélité à l’industrie

Les Basques sont parvenus à surmonter ce cauchemar avec une étonnante rapidité. Bilbao la sinistrée s’est refait une santé autour de son nouveau fleuron, le musée Guggenheim. Saint-Sébastien a retrouvé son faste de grande ville balnéaire. Et Vitoria, la capitale administrative, naguère somnolente autour des monuments gothiques de son « casco viejo », s’étend à allure accélérée. Tous les indicateurs attestent de ce redressement. Le taux de chômage est tombé sous les 5 %. Au cours des dix dernières années, la croissance a atteint 3,7 % en moyenne. Avec ses 2,1 millions d’habitants, soit moins de 5 % de la population espagnole, l’Euskadi assure 9 % de la production industrielle du pays. En termes de PIB par habitant, elle se classe au deuxième rang national, juste derrière la communauté de Madrid.

Cet apparent « miracle » ne doit rien au hasard. Il résulte d’une stratégie réfléchie, et fortement influencée par le contexte local. Les Basques sont certes allés chercher leur gourou au bout du monde : Michael Porter, professeur à Harvard et théoricien des « clusters », ces réseaux d’entreprises travaillant en osmose dans un même champ d’activité.

A la demande du gouvernement régional, l’universitaire a identifié les secteurs, aujourd’hui au nombre de 13, ayant vocation à être organisés selon un tel schéma, qui postule mutualisation des programmes de recherche, actions partagées de formation, systèmes communs de certification.
Ces recettes de compétitivité made in America ont toutefois été accompagnées d’une sauce typiquement basque.

Première spécificité : la place réservée à l’industrie.

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L’automobile, la construction navale, l’électroménager et la machine-outil comptent au nombre des principaux clusters. Même l’aéronautique, inexistante auparavant, prospère.

Autre trait marquant du modèle basque : la forte implication des autorités régionales dans l’action économique.

[…]

De même, non seulement le gouvernement basque décide de l’instauration de chacun des clusters, mais il finance ensuite 60 % de leurs dépenses et évalue l’avancement de leurs projets.

Le lancement de l’agence de biotechnologies Biobask, à Bilbao, s’inscrit dans le même esprit volontariste. « La région a investi 70 millions d’euros dans la création de deux centres de recherche coopératifs et d’un incubateur d’entreprises, avec pour objectif de susciter 3.000 nouveaux emplois d’ici à 2010 », indique Maria Aguirre, la responsable du programme.

Ouverture sur l’étranger

L’Euskadi sait aussi faire fructifier un autre de ses atouts traditionnels : son ouverture à l’international.

[…]

« Notre objectif est de diffuser notre savoir-faire en matière de restructurations industrielles vers des territoires de même taille et de même structure économique que le nôtre. Ils ont vocation à devenir ensuite des plates-formes d’atterrissage pour nos entreprises et nos produits. Nous avons tissé de tels accords de partenariat avec les régions de Wroclaw en Pologne, Querétaro au Mexique et Shanghai en Chine »,

explique Iñaki Telletxea, vice-ministre de la Technologie et du Développement industriel au sein du gouvernement régional.

La stratégie économique basque n’a toutefois pu prospérer que grâce à la liberté de manoeuvre dont bénéficient ceux qui la pilotent. Aux termes du statut adopté en 1979, de loin le plus libéral parmi ceux des 17 communautés autonomes espagnoles, Madrid ne garde compétence que sur les grands domaines d’action régaliens : défense, diplomatie, ports, douanes… Tout le reste relève des autorités locales. Ce sont elles, en particulier, qui collectent l’intégralité des impôts, dont seule une modeste fraction (8 % environ) est reversée à l’Etat central.

[…]

Source: Les Echos.fr – 13/04/06

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