Les clusters technologiques : facteurs-clés du développement francilien à l’horizon 2015 ?

Le Centre régional d’observation du commerce, de l’industrie, et des services (CROCIS), qui dépend de de la CCI de Paris, avait publié en janvier 2005, par conséquent juste avant le lancement des pôles de compétitivité, un rapport sur le développement futur de l’économie francilienne, par l’intermédiaire de clusters technologiques.

Il est nécessaire de comprendre, de s’approprier le contexte dans lequel est née l’idée des pôles de compétitivité en France (du moins, dans le cas de l’Ile de France).

En voici donc la reproduction intégrale:

Paris-Ile-de-France est indéniablement une métropole internationale dont les activités sont inscrites dans une chaîne de production mondiale, avec une spécialisation très nette dans le domaine technologique.

C’est pourquoi la région-capitale doit pouvoir soutenir et affirmer sa dynamique de croissance par la constitution de technopoles et/ou pôles d’excellence spécifiques.

De fait, la mise en place de clusters à caractère technologique dans les grandes régions métropolitaines comme l’Ile-de-France permet de répondre à la triple préoccupation d’accroissement de la valeur ajoutée, du rayonnement international du savoir-faire technico-commercial et du développement économique général. Mais qu’en est il plus précisément aujourd’hui dans notre région ? (ndlr: en 2005)
A l’heure ou la région Ile-de-France connaît des difficultés certaines quant au maintien de son savoir-faire dans la plupart des domaines à caractère technico-scientifique (brevets, populations de chercheurs, montants investis par la recherche privée), le développement de grappes technologiques revêt une acuité d’autant plus grande que la mise en place de pôles de compétitivité internationale est maintenant prévue : il s’agit en effet de mieux articuler autour de projets de R&D concrets, conçus et conduits en commun, une masse critique d’entreprises industrielles structurées en réseaux et au sein de filières technologiques clairement identifiées avec des centres de recherche et de formation (centres universitaires, laboratoires de recherche publics et privés).

Le contexte francilien

Avec plus de 10 milliards d’euros de dépenses de R&D privée par an, l’Ile-de-France concentre près de 10 % des ressources européennes dans ce domaine. De même, avec 13 chercheurs et ingénieurs pour 1000 actifs, elle regroupe plus de 40 % des effectifs nationaux du secteur.

Mais ceci est contrebalancé par un vieillissement des équipes et des équipements, dans la région : dans bien des secteurs, un effort important de réorganisation, d’évolution et de concentration de moyens, doit être ainsi effectué, alors que l’on constate un affaiblissement sensible des investissements en matière de R&D, en Ile-de-France comme en France.

Aussi, dans la quasi totalité des domaines technologiques, l’Ile-de-France tend à perdre aujourd’hui des moyens humains, des ressources entrepreneuriales, financières et commerciales.

Positionnement de l’Ile-de-France

Parmi les 24 disciplines scientifiques de base et les 25 groupes techno- industriels majeurs liés qui constituent les piliers du développement économique dans les technologies innovantes, seuls trois domaines sont d’importance en Ile-de-France, non seulement en raison de leur position de leader, mais aussi compte tenu de leur croissance significative constatée par rapport aux autres régions françaises : les secteurs de l’environnement (eau , air, sol, traçabilité, stockage des déchets), le secteur des technologies du BTP (technologies souterraines, gestion de l’air en bâtiments, off-shore grands fonds/techniques grands projets, technologies de reconstruction) et le secteur des biotechnologies industrielles (biopuces, biocapteurs, organes bio-artificiels, criblage haut débit, réactifs divers).

La situation est en revanche moins favorable dans d’autres domaines d’activités pour lesquels les performances régionales s’effritent légèrement en ne parvenant pas à une croissance, même modérée, et parfois décrochent complètement en faveur des régions Rhône-Alpes, Alsace, Midi-Pyrénées, Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur, ainsi qu’au profit d’autres régions européennes (Ecosse, Grand Londres, Grand Berlin).

Aperçu des dynamiques franciliennes

La région Ile-de-France peut être ainsi perçue au travers d’une grille de lecture des principaux champs techno-industriels recensés en France (2002) ; le classement se faisant alors par rang de dynamisme, en termes de publications et de densité scientifique par rapport à la population régionale. Les technologies du vivant (au sens large), les technologies du BTP et les technologies environnementales dans leur ensemble, forment ainsi le groupe le plus dynamique dans la région, car non seulement elles y sont particulièrement présentes, mais encore elles accroissent leurs investissements au plan local. Sur d’autres segments, où l’érosion est constatée, notamment les secteurs de l’aérospatial, de la chimie et la chimie fine, l’activité demeure encore forte, mais sans croissance (en termes d’effectifs et d’entreprises).

Les vraies difficultés portent surtout sur les technologies des télécoms, les technologies des matériaux, les technologies en optique-imagerie et l’informatique, secteurs pour lesquels de multiples facteurs négatifs sont constatés, alors même qu’un savoir-faire important existe dans la région : baisse de l’investissement régional, départ de sites de fabrication, implantation ralentie en faveur de la province, départ des ressources humaines, délocalisation de sections de la fabrication hors de France. Or, ces aspects peuvent être jugés problématiques alors que la région est encore dans le courant d’un processus de consolidation visant à obtenir une masse critique d’entreprises.

Par ailleurs, dans un contexte historique de grande pluridisciplinarité et de multiplication des coûts de base de R&D fondamentale et appliquée, la région ne semble désormais plus pouvoir être présente en termes d’investissements sur la quasi totalité des groupes techno-industriels concernés.

Des clusters ciblés

L’érosion du potentiel de la région encourage aujourd’hui la mise sur pied de véritables stratégies de  » clusters  » visant, pour la période 2005-2015, à réunir une plus grande masse critique d’entreprises et d’investissements autour de deux ou trois thèmes majeurs fondés sur des groupes technico-industriels déjà bien structurés et sur des compétences reconnues, avec d’excellents relais en termes de transfert de technologie.

Par ailleurs, le développement significatif de fondations visant le financement de la recherche en regroupant les industriels et certains moyens de l’aide publique apparaît particulièrement nécessaire, à l’instar de se qui se pratique à l’étranger.

Enfin, les grappes produisant souvent d’autres grappes dans le même secteur ou dans des domaines connexes, il serait essentiel de constituer concomitamment des grappes technologiques, des grappes de conception et enfin des grappes de fabrication et de services.

Parmi les secteurs mentionnés, la région doit pouvoir développer d’importants programmes autour des technologies génériques du vivant (biotechnologies de la santé et biotechnologies de l’environnement), des nanotechnologies, des technologies du BTP (génies civil et urbain) liées aux transports (modernisation des outils, gestion des systèmes complexes, sécurité) et de l’ingénierie industrielle sur des niches spécifiques, notamment en optique et imagerie.

Cela est également vrai dans le domaine des services à valeur ajoutée comme dans le domaine des essais cliniques ou du nucléaire civil. L’ingénierie financière doit également être renforcée, ce qui passe par un effort dans l’investissement en matière de capital-risque. En définitive, l’examen du potentiel actuel de la région laisse entendre la nécessité d’orienter l’investissement régional sous toutes ses formes (infrastructures, ressources humaines, immobilier d’entreprises dédié, capital-risque), autour de trois clusters à caractère macro-sectoriels fédérant, d’une part, les domaines les plus actifs qui sont en tête à l’échelle nationale et au plan européen et, d’autre part, les autres domaines déjà très présents mais dans la croissance s’estompe au profit d’autres espaces.

Un cluster axé sur la mobilité des biens et des personnes : systèmes de transport de technologies avancées, larges espaces dédiés aux systèmes télécoms, gestion complexe de l’espace urbain, rassemblant les compétences du BTP, du génie civil et des télécoms. Ce cluster doit fédérer l’ensemble des ressources franciliennes, avec une forte présence constatée dans les Hauts de Seine et à Paris, mais surtout autour des centres de recherche présents à Marne-la-Vallée.

Un cluster santé-biotech-aliment, non seulement axé sur la conception-fabrication de produits mais aussi sur les services (essais cliniques, supports commerciaux) dans les domaines de l’oncologie, l’infectiologie mais également les biomatériaux médicaux, du matériel médical (outils de diagnostics) et de la sécurité alimentaire (risque biologique et chimique, traçabilité). Ce cluster devrait également développer le secteur des services avancés en matière de télémédecine, de télésoins et de services spécifiques aux populations dans lesquels il existe un gisement important d’emploi. Ce cluster doit fédérer essentiellement les ressources de Paris (essais cliniques, inféctiologie, biomatériaux) et de la couronne sud de l’Ile-de-France: Val de Marne (cancérologie, essais cliniques, nouveaux services et produits en gérontologie, télémédecine, télésoins, nouveaux outils de diagnostics), l’Essonne (recherche fondamentale et appliquée, optique-optronique, téléformation médicale), et les Hauts de Seine (biomédical, essais cliniques, télémédecine).

Un cluster lié à la sécurité des biens, des personnes et des systèmes d’information (sécurité dans les transports, dans la distribution alimentaire, la télésurveillance, les systèmes complexes de sécurité publique et privée en temps réel. Ce cluster étant fortement lié aux deux premiers, doit fédérer d’abord le Val de Marne, l’Essonne, Paris et le Val d’Oise.

Une nécessaire stratégie de long terme

La recherche en économie industrielle contemporaine indique que le développement régional est complexe, compte tenu du grand nombre d’acteurs : la mise en place de clusters suppose des efforts soutenus et concentrés pendant une longue période. Aussi, il est désormais démontré que créer une grappe à partir de rien est très difficile -voire impossible- tandis qu’en activer une en misant sur ses atouts est plus efficace.

C’est dans ce contexte que la région Ile-de-France doit se donner un cadre de réflexion et d’action pour l’horizon 2005-2015 : il s’agit de développer prioritairement une masse critique d’entreprises et de compétences autour de clusters technologiques fédératifs visant à renforcer sa visibilité en Europe et dans le reste du monde.

Fabrice Rigaux

Source : CROCIS, Enjeux Ile de France n°73, janvier 2005

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s